La menace la plus sérieuse à la survie immédiate des tortues marines vient, dans le monde entier, des interactions avec les pêcheries. Dans certains cas, les tortues sont directement ciblées par les pêcheries et sont vendues pour leur viande. C'est le cas dans la région de la baie de Corisco où les habitants capturent fréquemment des tortues vertes et imbriquées en mer (dans leurs aires d'alimentation) pour les cérémonies traditionnelles ou pour vendre la viande, principalement à Libreville ou à Bata en Guinée équatoriale. A l'heure actuelle, grâce à une plus grande sensibilisation et l'application des lois, les captures sur le côté gabonais de la baie de Corisco ont pratiquement cessé. Nous ne savons pas combien de tortues sont tuées sur en Guinée équatoriale, mais nous travaillons en étroite collaboration avec le projet de conservation des tortues marines de là-bas, Tomage.
À l'échelle mondiale, les tortues marines sont beaucoup plus tuées accidentellement par des interactions avec les activités de pêche, que prises délibérément pour cible. Les captures de ce type sont communément connues comme «accessoire» - une situation dans laquelle les tortues capturées ne sont pas recherchées par les équipages de pêche.
Deux des types de pêche les plus dangereuses pour les tortues lorsqu'elles sont attrapées comme prises accessoires sont la pêche au chalut, et la pêche à la palangre. Au Gabon, les eaux peu profondes et côtières reçoivent une flotte de chalutiers qui ciblent les poissons démersaux et les crevettes en utilisant des chaluts de fond. Ces grands filets coniques sont trainés dans l'eau, capturant tout sur leur passage. Les tortues dans les filets sont souvent noyées, car elles ne sont plus en mesure d'atteindre la surface pour respirer. Plus au large, dans des eaux plus profondes, on trouve un autre type de navire, le «long-liner" qui capture les thons, les requins, et autres grands poissons prédateurs. Ils utilisent des lignes monofilament immensément longues qui forment un sillage derrière le navire qui peut aller jusqu'à 50 km. La ligne porte des dizaines de milliers d'hameçons appâtés, qui sont, malheureusement, une grande tentation pour les tortues marines, qui sont souvent capturées. Ces deux méthodes de pêche sont classiquement «non-sélectives» dans le sens que n'importe quel animal entrant en contact avec l'engin de pêche est susceptible d'être pris, qu'il soitla capture désirée du navire ou non. La pêche incontrôlée à la palangre dans l'océan Pacifique est suspectée être la cause principale de la diminution des population des tortues luth qui ont été réduites de plus de 90% ces dernières années. La même chose risque de se produire dans l'océan Atlantique si des mesures ne sont pas prises à temps.
Le Partenariat Tortues Marines du Gabon a reconnu la gravité de la menace de la pêche, et a donné comme priorité à ses actions de limiter ces impacts. Nous nous attaquons au problème des prises accessoires dans la pêche au chalut de plusieurs façons. Premièrement, de nombreux chalutiers pêchent illégalement dans une zone d'exclusion de 5,5 km qui protège les eaux côtières. Les tortues sont concentrées dans cette zone au cours de l'accouplement et de la nidification et elles sont donc très vulnérables à la capture. Le partenariat a soutenu la formation de toutes les équipes sur la plage dans les méthodes d'identification et d'enregistrement des cas de pêche illégale près de la côte. Les rapports produits par les équipes de plage sont ensuite transmis aux autorités compétentes (Ministère des Eaux et Forêts, ou des parcs nationaux).
Afin de diminuer la mortalité des tortues marines, le Partenariat a été l'un des principaux organismes à promouvoir de façon appuyée l'adoption de dispositifs d'exclusion des tortues (TEDs) au sein de l'industrie du chalutage gabonais. Les TEDs sont tout simplement de grandes grilles en métal, placées à une certaine distance et à un certain angle de la "chaussette" ou "cul" du chalut. En arrivant à la grille, la tortue est poussée vers le bas ou vers le haut par la pression de l'eau, et quitte le filet à travers un trou à cet effet à la base de la grille. Les poissons et les crevettes passent à travers les barreaux et arrivent dans le filet pour être attrapé, tandis que les grandes "prises accessoires" sont évitées. Deux essais de TED ont été menés en mer, et plusieurs ateliers ont été tenus avec le gouvernement gabonais. Avec la NOAA, nous avons apporté plus de 20 TEDs au Gabon et il est actuellement en projet d'équiper tous les navires crevettiers du pays avec ce dispositif. Des discussions sont également en cours au sein du gouvernement afin de rendre l'utilisation du TED obligatoire dans l'industrie de la crevette.
En collaboration avec la NOAA, l'Université d'Exeter (Royaume-Uni) et le gouvernement gabonais, nous aidons également à organiser un atelier de formation pour des observateurs à bord des chalutiers. Ils seront alors en mesure de collecter des données avec précision sur les prises accessoires à bord des chalutiers de pêche du Gabon.
Les tortues marines sont souvent victimes des bateaux de pêche commerciale, même si elles ne sont pas une prise ciblée. Certains types de pêche sont plus nocifs pour les espèces menacées que d'autres. Faites des choix intelligents et aider à sauver les tortues marines ! Visitez www.seafoodwatch.org pour apprendre !
Pendant deux années consécutives, nous avons collaboré avec les Etats-Unis et la marine gabonaise pour animer des ateliers de formation qui renforcent les capacités dans la lutte contre la pêche illégale sur les côtes gabonaises.
Les Dispositifs d'exclusion des tortues, ou TEDs, sont une solution élégante et rentable au problème des prises accessoires de tortues dans l'industrie crevettière des chaluts gabonais. Des étudespilotes à Libreville ont montré que ces dispositifs, non seulement, réduisent ou éliminent les prises accessoires de tortues, mais aussi améliorent la qualité de la prise cible, qui peut être endommagé lorsque les tortues sont capturées.
Les survols aériens organisés par le Partenariat pour les Tortue Marines du Gabon, combinés avec la surveillance constante de la plage, ont informé les autorités des infractions de pêche illégale.
Les pertes de prises accidentelles par les palangres sont plus difficiles à gérer que la pêche au chalut, car ces navires ne viennent pas à quai ou même ne s'approchent de la côte du Gabon. Toutefois, avec l'aide des efforts de conservation du Groupe de recherche de l'université d'Exeter sur la conservation des tortues dans leur projet de télémétrie par satellite, nous commençons à comprendre comment et où les interactions entre les tortues et la pêche ont lieu dans ce contexte. Les données sur les zones nidification et les routes migratoires des tortues sont actuellement examinées en relation avec les données sur la présence des palangriers obtenus via le programme VMS (Vessel Monitoring System ou Système de Suivi des Navires) du gouvernement du Gabon. Grâce à ces analyses, nous espérons qu'à l'avenir, les contrôles concernant la pêche dans certaines zones ou à certains moments clés de l'année pourront être possibles, réduisant ainsi les pertes potentiellement catastrophiques.