Les tortues marines sont de très anciens reptiles à respiration aérienne. Elles sont présentes sur terre depuis 110 millions d'années ! Il existe 7 espèces au monde, qu'on retrouve dans tous les océans, dans les eaux chaudes tropicales et même dans les eaux froides arctiques. On observe 4 espèces différentes au Gabon : les tortues luth, les tortues vertes, les tortues imbriquées et les tortues olivâtres. Toutes ces espèces sont en danger d'extinction mondiale, leurs effectifs sont en chute fulgurante et leur disparition pourra être imminente si nous ne travaillons pas tous ensemble à leur protection.
Les tortues marines diffèrent des tortues terrestres ou d'eau douce, car elles ne peuvent pas rétracter leur tête dans leur carapace (la partie dorsale est appelée carapace et la partie ventrale est appelée plastron). Les nageoires antérieures sont très puissantes et utilisées pour la nage grâce à des mouvements, presque comme des ailes. Les nageoires postérieures jouent le rôle de gouvernail. Grâce à une couleur dorsale plus sombre et un plastron plus clair, les tortues diminuent leur visibilité dans l'eau et évitent ainsi les prédateurs. À la place des dents, les tortues marines possèdent une mâchoire similaire à un bec, avec des bords tranchants pour déchirer leurs aliments.
Il y a encore beaucoup de choses que nous ne connaissons pas à propos des tortues marines. Par exemple, il n'y a aucune manière de déterminer l'âge exact d'un individu ; on présume qu'une tortue peut atteindre 80 ans en milieu naturel. De même, il est impossible de distinguer mâles et femelles avant la maturité sexuelle, moment où le mâle développe un long appendice caudal. Chez la plupart des espèces, le mâle possède également de grandes griffes recourbées afin de s'agripper à la carapace de la femelle durant l'accouplement.
En fonction de leur régime alimentaire, les tortues marines peuvent être trouvées dans des habitats variés tels que les récifs coralliens, les herbiers sous-marins, les eaux côtières et la pleine mer. Elles quittent ces aires d'alimentation tous les 2-3 ans pour effectuer un voyage de milliers de kilomètres afin de se reproduire sur leur plage natale. Les femelles retournent souvent sur le même site de ponte que les années précédentes avec une précision remarquable.
Plusieurs fois dans une saison, les femelles tortues marines viennent la nuit, pondre leurs œufs sur le rivage, tandis que les mâles restent dans les eaux côtières près des plages de ponte où a eu lieu la reproduction, au large des plages de nidification. Les femelles pondent une centaine d'œufs par nid. Ces œufs possèdent une coquille flexible et résistante contrairement à celle des poules qui est cassante. Pendant la ponte, la tortue entre dans une transe apparente et semble imperturbable. C'est à ce moment que l'on peut l'approcher et l'observer tranquillement couvrir ses œufs, camoufler le nid et retourner à la mer.
L'incubation dure environ deux mois sous le sable. Les conditions telles que la température, les échanges gazeux et l'humidité jouent un rôle essentiel dans le succès de l'éclosion. En plus, la température dans le nid détermine le sexe des bébés tortues. Au dessus de 32°C, il n'y aura que des femelles, en dessous de 28°C seulement des mâles et, entre ces deux températures, une proportion variable de mâles et de femelles.
À la fin de l'incubation, les nouveau-nés émergent de leur coquille en la rompant grâce à une dent temporaire appelée « dent de l'œuf ». Ensuite, ils commencent à s'agiter dans la chambre de nidification. Pendant que certains creusent le sable, d'autres le tassent, ce qui les repousse automatiquement vers le haut à la manière d'une échelle. Les uns sur les autres, ils se retrouvent tous à quelques centimètres de la surface, où ils attendent que la température extérieure baisse afin de sortir la nuit ou dans la fraicheur de l'aube.
Les nids et les bébés sont malheureusement des victimes faciles pour les prédateurs. Les nouveau-nés se ruant vers l'océan sont souvent attaqués par les crabes-fantômes, les oiseaux marins ou les varans. Parfois, les nids sont déterrés par les gens ou par les animaux domestiques tels que les chiens ou les cochons. Lors de leur entrée dans l'eau, les jeunes peuvent être mangés par les gros poissons, les oiseaux ou encore des requins. Même adultes, les tortues peuvent être prédatées par les requins.
Sur la plage, les tortues émergentes se dirigent instinctivement vers l'horizon le plus lumineux, normalement situé vers la mer et ainsi elles fuient les formes sombres des dunes et de la végétation. Les lumières artificielles peuvent les désorienter et les attirer vers les terres au lieu de la mer ! On pense que c'est pendant la descente vers la mer que les tortues mémorisent la plage qui les a vues naître, ce qui leur permet de revenir s'y reproduire une fois adulte. Quand ils arrivent finalement à l'eau, les jeunes nagent perpendiculairement aux vagues, aussi vite qu'ils le peuvent, pendant plusieurs jours, afin d'être à l'abri en pleine mer. Cette phase est appelée la frénésie natatoire.
On connaît très peu de choses sur le stade suivant de leur vie, qu'on nomme les « années perdues ». On pense que les jeunes tortues se laissent dériver dans les courants du large au milieu des débris de bois et des algues. Après cette phase de développement et de migration, les jeunes de la plupart des espèces se dirigent vers des zones d'alimentation côtières. On y trouve, soit uniquement des jeunes, soit des populations mixtes de jeunes et d'adultes qui habituellement proviennent de zones de nidification différentes. Mais au moment où les juvéniles sont prêts à se reproduire, ils retournent chacun à leur plage natale. On ne sait toujours pas comment ils retrouvent leur plage d'origine après tant d'années et de kilomètres parcourus. On suppose qu'ils utilisent une sorte de système de navigation à l'aide d'un compas magnétique interne.
Dans l'océan Pacifique, la population de tortues luth a diminué de 95 % en l'espace de 20 ans, cette espèce a donc été classée en danger critique d'extinction. Au Gabon, nous avons la chance d'avoir la plus grande population nidifiante mondiale, mais les tortues luths au Gabon peuvent également être en déclin. Les tortues luth sont les plus grandes des tortues marines et aussi les plus impressionnantes à observer. Leur carapace est en fait molle avec l'aspect du cuir et comporte 7 carènes longitudinales et de nombreuses taches blanches. Un adulte peut avoir une carapace de 180 cm de longueur, une envergure avec ses nageoires de 270 cm et un poids de 500 kg. La plus grande tortue luth mesurée avait une longueur de 2m91 et un poids de 916 Kg !
La luth se nourrit de méduses et autres invertébrés océaniques, qu'elle piège dans son œsophage grâce à des structures épineuses spéciales. Les sacs plastiques présents dans l'océan ressemblent aux méduses et les tortues qui les ingèrent peuvent mourir. Elles effectuent des plongées qui peuvent durer une heure et jusqu'à des profondeurs de 1 000 m ! En outre, cette tortue se nourrit même dans les eaux froides arctiques, car elle est l'unique reptile à posséder un système de thermorégulation. Plusieurs tortues luth qui ont été marquées au Gabon, grâce à des bagues en métal au niveau des nageoires, ont été trouvées dans des aires d'alimentation jusqu'en Amérique du Sud ou en Afrique du Sud.
Les tortues vertes sont les seules tortues marines herbivores. Elles se nourrissent dans les herbiers marins et dans les eaux côtières chaudes et peu profondes où elles trouvent des algues. Les aires d'alimentation des tortues vertes sont peu nombreuses au monde. La baie de Corisco, à la frontière entre le Gabon et la Guinée Équatoriale, est la zone d'alimentation la plus importante du golfe de Guinée. Des études ont montré que les tortues qui viennent s'y nourrir proviennent de populations différentes, parfois originaires de plages situées à 10 000 km. De la même façon, les tortues provenant de la même plage ne vont pas forcément fréquenter les mêmes zones d'alimentation. Une autre caractéristique étonnante concernant leur migration est qu'elles ne se nourrissent pas forcément au plus près de leur plage de nidification et ne pondent pas non plus sur la plage la plus proche de leur aire d'alimentation.
Là où les tortues se nourrissent, elles sont présentes en grand nombre et donc particulièrement vulnérables. Au Gabon, les tortues vertes sont parfois la cible la plus prisée dans la chasse aux tortues et sont parfois vendues illégalement à Libreville sur les marchés et dans les restaurants. Du fait de leur croissance extrêmement lente et de leur maturité tardive (elles peuvent devenir adultes à l'âge de 30 ou 50 ans), le remplacement des générations n'est pas assez rapide et les populations diminuent rapidement. La diminution ou la disparition de cette espèce est susceptible d'avoir de graves conséquences sur le bon fonctionnement de leur écosystème.
Le poids des adultes varie entre 100 et 200 kg et leur carapace a une longueur d'environ 100-115 cm. Leur couleur est variable ; le nom de tortue verte vient en fait de la couleur de sa graisse qui résulte de son alimentation végétarienne. Généralement, ces tortues pondent sur des îles loin des côtes, sans prédateurs, ou sur des plages continentales isolées. Pendant leur longue migration entre les aires de nidification et d'alimentation, elles peuvent survivre plusieurs mois sans manger.
Les tortues imbriquées vivent dans des eaux côtières peu profondes, parmi les récifs et les rochers et sont habituellement plus sédentaires que les autres espèces de tortues marines. Elles se nourrissent essentiellement d'éponges et de coraux, et ont l'extraordinaire capacité de ne pas être affectées par les toxines ou les épines des éponges. La tortue imbriquée est la plus tropicale des espèces et aussi la plus solitaire. Elle pond sur des plages isolées et souvent à des périodes et lieux distincts des autres espèces. Il y a très peu de grands sites de ponte dans le monde.
Les tortues imbriquées peuvent être reconnues grâce à leur bec qui ressemble à celui d'un perroquet. La carapace a tendance à être de forme ovale et est recouverte d'épaisses écailles se chevauchant, placées un peu comme les tuiles d'un toit. Malheureusement, cette belle carapace est fortement recherchée pour la production de bijoux, montures de lunettes et autres bibelots. Bien que le commerce de ces produits est interdit par le droit international, la tortue imbriquée reste en danger critique d'extinction.
Au Gabon, on trouve cette espèce dans la baie de Corisco. Il y a des adultes qui s'y nourrissent, des jeunes en phase de développement et occasionnellement des femelles nidifiantes sur la côte. Deux tortues imbriquées, baguées lors d'un programme de recherche au Brésil, furent recapturées dans la baie de Corisco après un voyage de presque 5 000 Km.
Les tortues olivâtres ont une carapace presque ronde, de couleur olivâtre et une taille relativement petite de 60 cm (longueur et largeur). Le poids des adultes n'est seulement que de 30-50 kg. Cette espèce vit et se nourrit en pleine mer. On l'observe rarement mis à part quand elle vient pondre sur les plages. Au Gabon, c'est la deuxième espèce la plus commune, après les tortues luth, à venir nidifier. Malheureusement, les olivâtres se noient souvent dans les filets des chalutiers, car ces navires pêchent dans les mêmes endroits où les tortues trouvent leurs proies (poissons, mollusques et petits crustacés). En raison de cette vulnérabilité aux captures par la pêche commerciale côtière, il n'est pas rare de trouver des individus morts sur les plages et cela chaque année.
Fait intéressant, les tortues olivâtres pondent parfois lors de grands rassemblements appelés « arribadas », au cours desquels 150 000 femelles viennent à terre au même moment et restent l'espace de deux ou trois jours. Cependant, ceci se produit uniquement sur un petit nombre de sites dans le monde, tels qu'à Orissa (Inde) et à Ostianal (Costa Rica).
Malheureusement, les tortues olivâtres souvent se noient dans les filets des chalutiers crevettiers, qui pêchent dans les mêmes lieux où elles trouvent leurs proies des poisons, mollusques et petits crustacés. Ces dernières années, les populations nicheuses en Amérique du Sud ont considérablement diminué, presque jusqu'à l'extinction. Pour cette raison, la protection de la tortue olivâtre en Afrique est devenue encore plus urgente.
Les bébés des tortues marines sont appelés nouveau-nés. Tout comme les femelles reproductrices, les nouveau-nés utilisent le point le plus lumineux de l'horizon pour trouver leur chemin vers la mer.
La lumière des bâtiments à proximité de la plage les désoriente, tout comme la lumière de lampes de poche ou le flash de votre appareil photo. Au lieu d'aller à la mer comme ils le devraient, ils se dirigent vers les terres, où ils peuvent être victimes de prédateurs ou épuisement par la chaleur.
Pour éviter cette erreur potentiellement mortelle, assurez-vous d'utiliser soit un filtre rouge ou un abat-jour pour éviter que la lumière blanche éclaire les plages de nidification, utiliser un filtre rouge sur votre lampe de poche, et toujours suivre les conseils de votre guide concernant la photographie au flash, en présence de tortues marines.